Mic a écrit : 15 août26, 06:51
Je suis quasi profane en bouddhisme mais peut on dire que la substantifique moelle du bouddhisme est l'affirmation de l'absence totale de Moi fondamental ? Peut on dire que cette essence du bouddhisme est l'affirmation que le corps, les sensations, la cognition ne sont que des processus fluctuants (impermanents est je crois le terme de rigueur) auquel on s'attache par habitude et que lorsqu'on les a mis de côté on réalise n'etre ontologiquement qu'un flux de conscience qu'on pourrait dire vierge, c'est à dire rien d'objectif, de la subjectivité pure ?
Ainsi, cela expliquerait pourquoi (je crois) le bouddhisme rejette la réincarnation au sens hindouiste. Il n'y aurait pas de Moi qui se réincarnerait (une personnalité qui perdurerait dans un nouveau corps) mais un flux de conscience vierge qui se connecterait indéfiniment au vivant et ce sans continuité d'une vie à l'autre.
J'apprécierais l'avis des bouddhistes et des autres.
Aucune négation du moi dans le bouddhisme .
La clé de compréhension : I
l faut faire une différence entre "non soi "et "non moi" qui ne sont pas les mêmes notions .
"Non soi" (anatman ) , c'est la négation de l'existence autonome , pas la négation du "moi" .
Cela veut dire qu'on n'existe pas par "soi " , c'est l'idée d'interdépendance .
1. Le Non-Soi (Anattā) : L'absence d'existence autonome
Le terme « Soi » (Attā en pali, Ātman en sanskrit) désigne une entité qui existerait par elle-même, indépendante, permanente et isolée du reste du monde.
Dire « Non-Soi », c'est affirmer qu'aucune chose n'a d'existence propre et autonome. Tout ce qui constitue un individu existe uniquement en dépendance de causes et de conditions (la coproduction conditionnée ou Pratītyasamutpāda).
Le bouddhisme ne nie pas l'existence du « moi » psychologique ou de la personne au quotidien :
La vérité conventionnelle (Sammuti-sacca) : Le « moi », la personnalité, la mémoire et l'histoire individuelle existent bel et bien. Dire « je », s'occuper de sa santé ou assumer la responsabilité de ses actes (karma) est parfaitement valide et nécessaire.
La vérité ultime (Paramattha-sacca) : Ce « moi » n'est pas un bloc solide ou une âme séparée, mais un flux dynamique d'agrégats (corps, sensations, perceptions, formations mentales, conscience) en changement perpétuel.
Aucune raison de nier le "moi" .
Le « moi » désigne conventionnellement un processus de phénomènes interdépendants, sans qu'il soit nécessaire de postuler derrière ce processus un soi autonome.
Le « moi » existe comme un repas existe : un repas est un assemblage d'ingrédients, de cuisson et de temps. Le mot « repas » est utile et vrai conventionnellement, mais il n'existe pas une « essence de repas » indépendante des ingrédients.
a écrit :Mic a dit : Ainsi, cela expliquerait pourquoi (je crois) le bouddhisme rejette la réincarnation au sens hindouiste. Il n'y aurait pas de Moi qui se réincarnerait (une personnalité qui perdurerait dans un nouveau corps) mais un flux de conscience vierge qui se connecterait indéfiniment au vivant et ce sans continuité d'une vie à l'autre.
Non , il n'y a pas de "moi" dans le sens d'une entité autonome dans le bouddhisme .
Donc une entité autonome qui entrerait dans un corps et sortirait d'un autre corps n'a aucun sens dans le bouddhisme .
Pas de « voyageur » : Il n'y a pas d'entité, d'âme, de petite étincelle de conscience ou de « moi autonome» qui sortirait du corps A pour voyager et entrer dans le corps B.
La renaissance (Punabbhava) : Le bouddhisme ne parle pas de réincarnation, mais de « renaissance » ou de « réapparition ». Il s'agit d'un processus de cause à effet (karma), et non du déplacement d'une entité.
L'analogie de la bougie
Pour expliquer comment il peut y avoir une continuité sans qu'une entité autonome ne se déplace, les textes anciens utilisent souvent l'image de la flamme :
Si tu allumes une seconde bougie à partir de la flamme d'une première bougie :
La seconde flamme est-elle la même que la première ? Non.
Est-elle une autre flamme totalement indépendante ? Non plus, car elle est née de la première.
Il n'y a aucune « chose » matérielle ou entité qui s'est déplacée d'une bougie à l'autre. La flamme de la seconde bougie n'est ni identique à la première, ni totalement indépendante d'elle. Elle apparaît en dépendance de la première et des conditions nécessaires à son apparition. Il n'est pas nécessaire qu'une « chose » passe de la première bougie à la seconde pour qu'il existe une continuité causale.