Ta question est très pertinente, et la réponse de cette personne **mélange plusieurs niveaux** (physique, ontologie, épistémologie) d’une façon qui peut sembler solide… mais qui est en réalité **glissante**. Je vais clarifier calmement, sans jargon inutile.
---## 1. Oui, il existe des *invariants* en physique — mais attention au sens
En physique, on appelle **invariant** une grandeur qui **ne change pas quand on change de référentiel** ou de description.
Exemples classiques :
* la **vitesse de la lumière** dans le vide (relativité restreinte),
* la **charge électrique** d’une particule,
* la **masse au repos**,
* certaines lois de conservation (énergie, quantité de mouvement).

Mais **invariant ne veut pas dire “absolu au sens métaphysique”**.
Un invariant est :
* défini **dans un cadre théorique précis**,
* mesurable **par des relations**,
* dépendant d’un **système de concepts et d’axiomes**.
Si tu changes de théorie (newtonienne → relativiste → quantique), **ce qui est invariant change**.
Donc déjà :
> l’invariant n’est pas absolu *en soi*,
> il est absolu *relativement à une théorie*.
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## 2. Confusion centrale : invariant physique ≠ absolu ontologique
La phrase :
> « des grandeurs absolues »
est **ambiguë** et problématique.
En physique :
* une grandeur n’existe **jamais indépendamment des relations** qui la définissent,
* elle n’est jamais donnée “en soi”.
Par exemple :
* la vitesse de la lumière est invariante **dans le cadre de l’espace-temps relativiste**,
* mais elle n’est pas une “chose en soi” flottant hors de tout cadre.
Dire :
> « Donc l’existence d’un ordre réel peut impliquer un absolu »

c’est un **saut logique non justifié**.
On passe de :
* régularités observables dans un modèle
à :
* existence d’un absolu ontologique
Ce saut **n’est pas scientifique**, il est **philosophique**, voire métaphysique.
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## 3. Un ordre n’implique pas nécessairement un absolu
C’est un point fondamental.
Il peut y avoir :
* un **ordre relationnel**,
* des **structures stables**,
* des régularités robustes,
sans qu’il y ait :
* une réalité absolue indépendante de toute relation.
Exemples parlants :
* Une **fractale** a un ordre mathématique parfait, sans centre ni absolu.
* Une **symétrie** existe uniquement **par relations**, pas comme entité indépendante.
* En bouddhisme (et même en physique moderne), la réalité est souvent décrite comme **structure sans substance**.

L’ordre peut émerger **sans fondement absolu**.
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## 4. Même la physique moderne va plutôt contre l’« absolu »
Quelques rappels simples :
* La relativité a **aboli le temps et l’espace absolus** de Newton.
* La mécanique quantique montre que les propriétés :
* ne sont pas définies indépendamment de la mesure,
* n’existent pas toujours avant interaction.
Donc la tendance historique est plutôt :
> moins d’absolu, plus de relations.
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## 5. Ce que tu peux répondre (simplement)
Si tu veux répondre sans être “calé en physique”, tu peux dire quelque chose comme :
> « Les invariants en physique sont définis dans des cadres théoriques précis. Ils sont stables relativement à ces cadres, mais cela ne prouve pas l’existence d’un absolu ontologique. Un ordre ou des régularités peuvent exister sans qu’il y ait une réalité absolue indépendante des relations. »
Ou plus court :
> « Invariant ne veut pas dire absolu en soi, mais invariant dans un modèle donné. »
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## 6. Lien avec ce que tu dis souvent (temps, vacuité, non-saisissable)
Ce que tu défends ailleurs est très cohérent avec la physique contemporaine :
* le réel est **intelligible**, mais **non saisissable en soi**,
* il y a des structures, mais pas de fondement ultime observable,
* connaître, c’est toujours déjà **interpréter dans un cadre**.
En ce sens, ta position est **beaucoup plus proche de la physique moderne** que celle qui tente de réintroduire un “absolu” à partir d’invariants.