Le mensonge de la grotte : la légende d’Abou Bakr a-t-elle été fabriquée pour éclipser Ali ?

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Soultan

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Le mensonge de la grotte : la légende d’Abou Bakr a-t-elle été fabriquée pour éclipser Ali ?

Ecrit le 10 sept.26, 11:52

Message par Soultan »

Voici la vérité
Depuis quatorze siècles, les gens se transmettent un récit selon lequel Abou Bakr As-Siddiq aurait accompagné le Prophète ﷺ dans la grotte.

Un récit utilisé chaque fois que l’on veut établir sa légitimité au califat, et raconté comme s’il s’agissait d’une révélation venue du ciel, alors que le verset de « la grotte », dans la sourate At-Tawba, ne mentionne pas son nom et ne lui attribue pas de mérite explicite ; il suggérerait même exactement le contraire.

Dans ce texte, je ne me contenterai pas de mettre cette histoire en doute. Je chercherai à démontrer, à partir du texte coranique lui-même et des récits sunnites eux-mêmes, que cette histoire a soit été considérablement amplifiée jusqu’à être étouffée par l’exagération, soit qu’elle a été fabriquée dès l’origine afin de créer une héroïsation politique capable de rivaliser avec l’héroïsme de Ali ibn Abi Talib lors de la nuit de l’Hégire, voire de le faire passer au second plan.

Premièrement : le verset sur lequel ils ont construit tout un édifice ne suffit pas en lui-même
Allah تعالى dit :
﴿Si vous ne lui portez pas secours, Allah lui a déjà porté secours lorsque ceux qui avaient mécru l’avaient expulsé, lui, le deuxième de deux, lorsqu’ils étaient tous deux dans la grotte, lorsqu’il disait à son compagnon : “Ne t’attriste pas, certes Allah est avec nous.” Alors Allah fit descendre Sa sérénité sur lui…﴾
[At-Tawba, 9:40]
Ce verset constitue le seul fondement sur lequel repose l’affirmation de la présence d’Abou Bakr dans la grotte. Pourtant, le verset :
ne mentionne pas son nom ;
lui adresse implicitement un reproche concernant sa tristesse et son effroi ;
ne lui attribue aucun acte héroïque ;
précise que la sérénité fut descendue sur le Prophète seul, et non sur le « compagnon ».
Si le verset ne contient ni mention de son nom, ni glorification, ni mérite particulier, que reste-t-il donc de cette histoire ?
Comment un verset coranique dont on voudrait faire un récit héroïque pourrait-il être dépourvu de toute indication linguistique catégorique permettant d’établir cette prétention ?
Si Allah avait voulu glorifier le « compagnon », Il aurait mentionné son nom, comme Il a mentionné celui de Zayd ibn Haritha, et aurait dit : « Alors Allah fit descendre Sa sérénité sur eux deux. » Mais Il ne l’a pas fait.

Deuxièmement : le terme « compagnon » n’est pas toujours synonyme d’éloge
Le mot « compagnon » (sâhib) dans le Coran implique-t-il nécessairement une vertu ? Non.
Allah تعالى dit à propos du mécréant en Enfer :
﴿Malheur à moi ! Si seulement je n’avais pas pris untel pour ami intime.﴾
Il dit également :
﴿Ô mes deux compagnons de prison !﴾, en parlant de deux hommes mécréants.
Et Il dit :
﴿Et lorsqu’un homme dit à son compagnon : “Je possède plus de biens que toi…”﴾
Dans la langue, le terme « compagnon » indique simplement la compagnie, et ne constitue pas en lui-même un éloge. Cette compagnie peut même être blâmable.
Ainsi, même si nous admettions que le « compagnon » désigne Abou Bakr, le simple fait qu’il ait été avec le Prophète ne suffirait pas à établir une vertu particulière.
D’autant plus qu’il était triste, effrayé et tremblant, tandis que le Prophète était serein, confiant et ferme.
Si tu observes attentivement le verset, le Prophète ﷺ lui dit : « Ne t’attriste pas », ce qui signifie que son état était celui d’un homme effrayé. Et la sérénité ne descendit pas sur lui, mais sur le Prophète seul.
Où serait donc le mérite dans tout cela ?
La tristesse fait-elle l’héroïsme ?
L’effroi fait-il le leadership ?
La sérénité n’est-elle pas un signe de foi ?
Alors pourquoi ne descendit-elle pas sur lui ?

Troisièmement : Ali dormit dans le lit de la mort… et l’Histoire ignore son sacrifice
En revanche, nous avons un événement établi, sur lequel il n’y a pas de désaccord : Ali ibn Abi Talib, alors âgé de dix-sept ans, dormit dans le lit du Prophète la nuit de l’Hégire, tandis que les épées étaient brandies devant la porte.
Il se couvrit du manteau du Prophète et attendit la mort, exécutant ainsi l’ordre du Messager qui lui avait dit :
« Dors dans mon lit, car ces gens vont passer la nuit à comploter contre moi, et rends-leur leurs dépôts. »
Malgré ce sacrifice considérable :
son mérite ne fut pas mentionné dans un verset coranique ;
son histoire ne fut pas élevée au rang de doctrine ;
elle ne devint pas un symbole comme cela fut fait avec « la grotte ».
Pourquoi ?
Parce qu’elle ne servait tout simplement pas le récit du pouvoir et ne soutenait pas la succession après la Saqifa.
Ali resta un adversaire politique, et non un partenaire dans l’exercice du pouvoir.

Quatrièmement : aucun hadith prophétique authentique n’établirait la présence d’Abou Bakr dans la grotte
Il n’existerait aucun hadith attribué directement au Prophète ﷺ affirmant explicitement qu’Abou Bakr se trouvait dans la grotte.
Tout ce dont ils disposent serait constitué de :
récits mursal ou mawqûf ;
récits attribués à des tâbi‘ûn ou à des Compagnons, et non au Prophète lui-même ;
hadiths dépourvus d’une chaîne de transmission authentique, ou reposant sur une chaîne interrompue.
Si cette histoire constituait véritablement le fondement d’une croyance, elle apparaîtrait dans les recueils authentiques avec des chaînes de transmission claires, comme c’est le cas pour les expéditions militaires, les campagnes et les recommandations du Prophète.
Mais nous serions ici face à un vide narratif comblé par une interprétation politique, et non par un récit prophétique.

Cinquièmement : les grands exégètes n’auraient pas établi cette histoire de manière catégorique
Les grands exégètes n’auraient pas affirmé avec certitude que le « compagnon » mentionné dans le verset était Abou Bakr :
Az-Zamakhshari aurait déclaré que la sérénité était descendue uniquement sur le Messager, parce que l’autre n’en était pas digne.
Ar-Razi, At-Tabari et Al-Qurtubi n’auraient pas fourni de preuve catégorique permettant d’identifier le compagnon par son nom.
Toutes les exégèses auraient donc été fondées sur la conjecture et non sur la certitude.
Ceux qui ont transformé « la grotte » en une question doctrinale seraient les prédicateurs de cour, et non les véritables savants de l’exégèse.

Sixièmement : l’histoire serait apparue après le conflit… et non à l’époque prophétique
Nous n’aurions vu personne, du vivant du Prophète ﷺ, se vanter de l’histoire de la grotte : ni Abou Bakr lui-même, ni Omar, ni Othman.
Mais après la mort du Prophète, avec l’intensification des luttes politiques et l’émergence d’Ali comme prétendant légitime au califat, l’histoire aurait commencé à être racontée, magnifiée et utilisée.
Il fallait alors créer un « héroïsme parallèle » capable de rivaliser avec celui d’Ali :
Ali dans le lit du Prophète ? Alors : « Abou Bakr dans la grotte. »
Ali à Badr et à Khaybar ? Alors : « Abou Bakr dans la compagnie du Prophète. »
Ali, la porte de la science ? Alors : « Abou Bakr dans la grotte est celui qui mérite davantage. »

Une héroïsation aurait ainsi été construite, non pas sur la vérité, mais au détriment d’Ali.

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