Wittgenstein II

Sujet d'actualité Au Québec l'accommodement raisonnable, un sujet d'actualité.
Répondre
J'm'interroge

[ Incroyant ]
Avatar du membre
[ Incroyant ]
Messages : 13332
Enregistré le : 02 sept.13, 23:33
Réponses : 1

Wittgenstein II

Ecrit le 11 févr.26, 07:55

Message par J'm'interroge »

.
Dans Recherches philosophiques (Philosophische Untersuchungen, publié en 1953), le « Wittgenstein II » rompt radicalement avec le Tractatus. Le livre ne propose pas une théorie systématique, mais une méthode thérapeutique : dissoudre les faux problèmes philosophiques en examinant l’usage réel du langage.

Voici les thèses et questions centrales :

1. Le sens n’est pas une essence, mais un usage :
Thèse clé : le sens d’un mot est son usage dans le langage.
Wittgenstein rejette l’idée que les mots tirent leur signification d’objets, d’images mentales ou d’essences abstraites.
Comprendre un mot, ce n’est pas saisir une définition cachée, c’est savoir s’en servir correctement dans des pratiques humaines.
Question centrale : que faisons-nous réellement quand nous utilisons un mot ?

2. Les jeux de langage :
Le langage n’est pas un système unique et homogène, mais une multiplicité de jeux de langage : ordonner, promettre, prier, plaisanter, calculer, décrire, raconter, etc.
Chaque jeu obéit à des règles propres, liées à une activité humaine.
Conséquence : vouloir donner une définition universelle du « langage », de la « signification » ou de la « vérité » est une erreur de perspective.
Question : pourquoi la philosophie veut-elle imposer une unité là où il n’y a qu’une diversité de pratiques ?

3. Les formes de vie :
Les jeux de langage sont enracinés dans des formes de vie (Lebensformen) : des manières humaines de vivre, d’agir, de réagir.
Le langage n’est pas fondé sur une logique transcendante, mais sur des accords pratiques : ce que nous faisons ensemble.
Thèse implicite : il n’y a pas de fondement ultime du langage, il n'y a que nos pratiques partagées.

4. Ressemblances de famille :
Contre la recherche de définitions strictes, Wittgenstein introduit la notion de ressemblances de famille.
Exemple classique : le mot « jeu ». Il n’y a pas de propriété commune à tous les jeux, seulement un réseau de ressemblances partielles qui se chevauchent.
Question critique : pourquoi exigeons-nous des définitions là où le langage fonctionne très bien sans elles ?

5. La critique du langage privé :

Wittgenstein attaque l’idée d’un langage privé, censé décrire des expériences purement internes (douleur, sensations) accessibles à un seul sujet.
Argument central : un langage suppose des critères publics de correction. Sans possibilité de distinction entre « correct » et « incorrect », il n’y a pas de langage.
Conséquence philosophique majeure : La subjectivité n’est pas niée, mais elle n’est pas fondatrice du sens.

6. La philosophie comme thérapie :
La philosophie ne doit pas expliquer le monde ni construire des théories, mais dissiper les confusions produites par un mauvais usage du langage.
« La philosophie est un combat contre l’ensorcellement de notre entendement par les moyens de notre langage. »
Méthode :
- descriptions fines,
- exemples ordinaires,
- refus des abstractions métaphysiques.

7. Les faux problèmes philosophiques :
Les grandes énigmes classiques (esprit/corps, sens, vérité, conscience) naissent souvent d’un langage arraché à son contexte ordinaire.
Thèse provocatrice : la plupart des problèmes philosophiques ne sont pas faux par erreur factuelle, mais par grammaire mal comprise.

En résumé :

Wittgenstein II affirme que :

- le langage est une pratique, pas un miroir du monde ;
- la signification dépend de l’usage, pas de l’introspection ;
- la philosophie n’explique rien : elle clarifie ;
- les problèmes métaphysiques sont souvent des illusions linguistiques.

Ou, de manière wittgensteinienne et sèche : la philosophie ne découvre rien de nouveau — elle apprend à cesser de se tromper.

___________________


De la certitude (Über Gewissheit, 1969) est le dernier texte de Wittgenstein. Il prolonge les Recherches philosophiques et s’attaque au scepticisme, en particulier à celui de Moore (« Je sais que j’ai deux mains »).

Voici l’essentiel :

1. Contre le doute universel :
Wittgenstein montre que le doute radical (cartésien ou sceptique) est auto-destructeur.
Douter de tout suppose déjà que certaines choses ne sont pas mises en doute. Le doute n’a de sens que sur fond de certitudes.
Thèse : le doute présuppose la certitude.

2. Les propositions-charnières (hinge propositions) :
Certaines propositions ne sont ni connues ni justifiées, mais tenues pour acquises :
- « Le monde existe »
- « J’ai un corps »
- « La Terre existait avant ma naissance »
- « Les mots ont un sens stable »
Elles fonctionnent comme des charnières (hinges) : elles rendent possible le jeu du doute et de la connaissance, sans en faire partie.

3. La certitude n’est pas une connaissance :
Les certitudes fondamentales ne sont pas des croyances vraies démontrées.
On ne dit pas : « Je sais que le monde existe » comme on dit : « Je sais que Paris est en France ».
Elles sont en dehors du jeu épistémique de la preuve et de l’erreur.

4. La certitude est pratique, pas théorique :
Ces certitudes se manifestent dans ce que nous faisons, pas dans ce que nous affirmons.
Exemple : je ne vérifie pas chaque matin si le sol va me porter. J’agis.
Conclusion : la certitude est une manière d’agir dans le monde, non une opinion mentale.

5. La critique de Moore :
Moore pense réfuter le scepticisme en affirmant des évidences (« Voici une main »).
Wittgenstein répond : Moore a raison contre le sceptique, mais tort philosophiquement.
Pourquoi ? Parce qu’il traite une certitude grammaticale comme un savoir empirique.

6. La grammaire de la connaissance :
Dire « je sais » n’a de sens que là où l’erreur est concevable.
Là où le doute n’a pas de place, le mot « savoir » n’en a pas non plus.

7. Fondement sans fondation :
Il n’y a pas de fondement ultime justifié par la raison.
Le langage et la connaissance reposent sur un socle non justifié, accepté dans une forme de vie.
Pas de sol rocheux métaphysique : seulement un lit de rivière qui se stabilise par l’usage.

En résumé :

De la certitude affirme que :
- le scepticisme radical est grammaticalement absurde ;
- la connaissance repose sur des certitudes non démontrées ;
- ces certitudes sont pratiques, incarnées, pré-théoriques ;
- chercher à les justifier, c’est déjà mal comprendre leur rôle.

Formule finale, très wittgensteinienne : on ne commence pas par savoir, on commence par agir.
.
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

Yacine

[ Musulman ]
Avatar du membre
[ Musulman ]
Messages : 7487
Enregistré le : 30 août09, 13:21
Réponses : 0

Re: Wittgenstein II

Ecrit le 13 févr.26, 01:22

Message par Yacine »

Wittgenstine désormais
Lévitique 18:25 Le pays en a été souillé; je punirai son iniquité, et le pays vomira ses habitants

J'm'interroge

[ Incroyant ]
Avatar du membre
[ Incroyant ]
Messages : 13332
Enregistré le : 02 sept.13, 23:33
Réponses : 1

Re: Wittgenstein II

Ecrit le 15 févr.26, 04:57

Message par J'm'interroge »

.
Forme de vie :

Chez Ludwig Wittgenstein, la notion de forme de vie (Lebensform) occupe une place centrale, mais reste délibérément vague. Elle n’est ni une structure biologique, ni une essence humaine, ni une culture au sens sociologique. Elle ne se réduit pas non plus à un système de croyances explicites. Il ne s’agit pas d’une théorie à proprement parler, mais d’un point d’arrêt : là où l’explication philosophique s’arrête et où la vie humaine se montre telle qu’elle est.

Une forme de vie désigne l’ensemble relativement stable de pratiques, d’habitudes, de réactions naturelles et d’accords implicites qui rendent possibles nos jeux de langage. Les mots ne flottent pas dans le vide, leur sens dépend de ce que nous faisons avec eux. Parler un langage, c’est déjà participer à une forme de vie. Les activités les plus simples — ordonner, promettre, raconter, plaisanter, mesurer, consoler — s’inscrivent dans un réseau partagé de pratiques humaines qui donne sens à nos mots et à nos règles.

Wittgenstein insiste sur le fait que ces accords humains ne sont pas d’abord théoriques : ils sont vécus et naturels. Apprendre un mot par imitation, répondre à la douleur par un cri, reconnaître un visage ou pointer du doigt pour montrer sont des réactions pré-linguistiques qui précèdent et fondent toute rationalité. La raison et les justifications viennent ensuite, mais toujours greffées sur ce socle pratique. Le langage et la pensée reposent sur ce tissu de vie partagé, non sur des abstractions.

Cette idée éclaire aussi sa critique du scepticisme dans De la certitude. Les certitudes-charnières — telles que « le monde existe » ou « j’ai un corps » — ne sont pas des connaissances démontrées, mais des façons d’agir et de vivre. Elles sont implicites dans nos pratiques, et toute tentative de les justifier intellectuellement manque le point essentiel : elles sont la condition même de l’existence d’un langage et d’une connaissance.

En définitive, une forme de vie est ce qui rend le langage possible, ce qui est partagé avant d’être pensé, ce sur quoi on ne discute pas parce qu’on y agit. La philosophie, en cherchant des principes généraux, se heurte toujours à ce socle : la vie précède le langage et les règles, et c’est elle qui rend possible tout ce que nous disons ou savons.

Wittgenstein montre ainsi que le sens et la certitude ne sont pas des constructions intellectuelles, mais des évidences pratiques enracinées dans nos manières de vivre.
.
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

J'm'interroge

[ Incroyant ]
Avatar du membre
[ Incroyant ]
Messages : 13332
Enregistré le : 02 sept.13, 23:33
Réponses : 1

Re: Wittgenstein II

Ecrit le 25 févr.26, 09:39

Message par J'm'interroge »

.
Exemple de jeux de langage :


En restant fidèle à l’esprit des Recherches philosophiques, dans ce qui suit je vais en exposer des exemples explicitement donnés ou clairement suggérés par Wittgenstein.

Chez Ludwig Wittgenstein, les jeux de langage incluent notamment :

- Donner un ordre / Répondre à un ordre.
- Décrire un objet
- Rapporter un événement
- Faire une supposition
- Inventer une histoire
- Chanter une comptine
- Raconter une plaisanterie
- Apprendre / enseigner
- Résoudre un problème
- Traduire d’une langue à une autre
- Donner une définition
- Classer des objets
- Demander / Répondre
- Promettre
- Remercier / S’excuser
- Saluer
- Féliciter / Réprimander
- Encourager
- Consoler
- Se plaindre
- Exprimer une émotion
- Rassurer / Menacer
- Évaluer
- Justifier une action
- Fixer une règle
Etc.


Point philosophique essentiel :
Cette liste n’est pas close et ne peut pas l’être. Wittgenstein ne cherche pas l’exhaustivité mais l’effet suivant : briser l’illusion que le langage a une fonction unique (décrire le monde).

Consoler est précisément un exemple décisif :
- ce n’est ni vrai ni faux,
- ni informatif,
- ni réductible à une structure logique,
et pourtant parfaitement compréhensible.

___


Avant la théorie : le langage dans la vie ordinaire :


Chez Ludwig Wittgenstein, le langage n’est jamais un simple outil destiné à décrire le monde ou à traduire des pensées intérieures déjà constituées. Il est toujours enraciné dans la vie, dans ce qu’il appelle une forme de vie, et il prend sens à travers les pratiques humaines qui l’accompagnent. Comprendre un mot, ce n’est pas maîtriser une définition abstraite, mais savoir comment l’employer correctement dans des situations concrètes. Le langage est inséparable de ce que nous faisons avec lui.

Cette idée apparaît clairement dans ce que Wittgenstein appelle les jeux de langage. Il ne s’agit pas de jeux au sens ludique, mais de situations ordinaires où les mots ont une fonction précise : ordonner, demander, raconter, promettre, remercier, consoler. Chaque fois, le sens d’une expression dépend de l’activité dans laquelle elle est utilisée. Sortie de ce contexte, la même phrase peut perdre toute signification ou devenir trompeuse.

Certains jeux de langage mettent en évidence des dimensions expressives et affectives que la philosophie a souvent négligées. Dire « j’ai mal », pleurer ou se plaindre ne consiste pas à décrire un état intérieur comme on décrirait un objet. Ces expressions font partie de pratiques humaines où l’on apprend à reconnaître, à répondre, à prendre soin. Le langage, ici, n’informe pas : il agit, il règle des comportements, il organise des relations. C’est aussi pour cette raison que Wittgenstein rejette l’idée d’un langage purement privé : une expression n’a de sens que si elle peut s’inscrire dans des usages partagés.

Les jeux de langage englobent également des pratiques normatives et pédagogiques. Expliquer, corriger, apprendre, suivre une règle ne sont pas des opérations mentales isolées, mais des activités sociales. Une règle ne fonctionne pas comme un objet théorique posé devant l’esprit : elle n’existe réellement que dans sa mise en œuvre répétée, dans l’usage que des individus en font au sein d’une pratique commune.

Pour Wittgenstein, le langage forme ainsi un ensemble vivant d’activités humaines. Le sens n’est jamais caché derrière les mots, il se trouve dans leur emploi effectif, dans les contextes où ils sont appris, transmis et utilisés. Parler, ce n’est pas seulement énoncer des phrases, c’est participer à une forme de vie déjà là, qui précède et rend possible toute réflexion philosophique.

___


Faux problèmes et confusion de jeux :


Chez Ludwig Wittgenstein, une grande partie des erreurs philosophiques ne vient pas de mauvaises réponses, mais d’une confusion de jeu de langage. Nous utilisons correctement des mots dans la vie ordinaire, puis nous les arrachons à leur contexte pour les faire jouer un autre rôle. C’est là que les problèmes commencent.

Très souvent, on traite un jeu de langage comme s’il en était un autre. On demande par exemple si une promesse est vraie ou fausse, comme s’il s’agissait d’une description. Mais promettre n’est pas rapporter un fait : c’est s’engager. De la même manière, dire « j’ai mal » n’est pas informer sur un état interne mesurable, mais appeler une réaction, une attention, parfois une consolation. En changeant de jeu sans s’en rendre compte, on fabrique des pseudo-problèmes.

C’est ce mécanisme que Wittgenstein vise lorsqu’il critique la métaphysique traditionnelle. Le philosophe croit poser une question profonde — « Qu’est-ce que le temps ? », « Qu’est-ce que la conscience ? », « Qu’est-ce que le sens ? » — mais il applique souvent les règles du jeu descriptif là où le langage fonctionne autrement. Il cherche une chose là où il n’y a qu’un usage, une essence là où il n’y a qu’une pratique.

Cette erreur est renforcée par l’illusion que tous les énoncés doivent fonctionner comme des affirmations vraies ou fausses. Or beaucoup de jeux de langage échappent à ce schéma : ordonner, prier, consoler, remercier, plaisanter, promettre. Lorsqu’on les juge avec les critères d’un autre jeu — celui de la science ou de la logique — ils paraissent mystérieux, déficients ou obscurs. En réalité, c’est le regard philosophique qui est mal ajusté.

La tâche de la philosophie, pour Wittgenstein, n’est donc pas de corriger le langage ordinaire, mais de le remettre à sa place. Il s’agit de reconnaître quel jeu est en train d’être joué, et de cesser de demander au langage ce qu’il ne peut pas donner. La confusion des jeux produit l’illusion d’une profondeur là où il n’y a qu’un glissement de règles.

Ainsi, on ne résout pas les problèmes philosophiques en découvrant des vérités cachées, mais en apprenant à voir quand on a quitté un jeu de langage pour un autre sans s’en apercevoir. La philosophie devient alors une activité de clarification : elle ne bâtit pas de théories, elle nous empêche simplement de jouer au mauvais jeu.
.
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

J'm'interroge

[ Incroyant ]
Avatar du membre
[ Incroyant ]
Messages : 13332
Enregistré le : 02 sept.13, 23:33
Réponses : 1

Re: Wittgenstein II

Ecrit le 16 mai26, 07:43

Message par J'm'interroge »

.
Wittgenstein II GPT : Le sens de « croire », « savoir », « expérimenter » réside dans leurs usages distincts. Les confusions naissent quand les jeux de langage se mélangent. La clarté vient de décrire ces usages, non d’ériger des thèses.

JMI II : Il n’y a pas besoin d’un “mécanisme derrière” pour rendre compte de cela. Il suffit de constater que les apparaîtres se répètent, se corrigent et se maintiennent dans des configurations relativement stable.

Wittgenstein II GPT : Décrire des régularités suffit souvent, aucune entité cachée n’est exigée. Dire « mécanisme » peut être un détour inutile dans le jeu de langage explicatif.

JMI II : Le langage décrit-il des vécus ?

Wittgenstein II GPT : Le langage n’accompagne pas un vécu privé comme une étiquette intérieure. Parler d’un vécu appartient à des usages publics appris dans une forme de vie.

JMI II : Un jeu de langage qui tenterait de décrire, d'être uniquement descriptif serait intéressant non ?

Wittgenstein II GPT : « Purement descriptif » est déjà une fonction grammaticale particulière. Décrire n’est pas une essence du langage, c’est un usage parmi d’autres dans nos formes de vie.

JMI II : C'est vrai mais ce dont je parle c'est de décrire le vécu dans le sens de dresser une sorte de carte de l'apparaitre.

Wittgenstein II GPT : Une « carte de l’apparaître » reste une technique de représentation. Son sens dépendrait des critères publics d’usage, de correction et de reconnaissance au sein d’une pratique.

JMI II : Oui cette reconnaissance permettrait réellement de dresser une carte de l'apparaitre.

Wittgenstein II GPT : « Réellement » ici renvoie aux critères de réussite du jeu lui-même. Une carte fonctionne lorsqu’on sait l’utiliser, la corriger et s’y accorder pratiquement.

JMI II : Non. Selon ce que je dis le réel se rattache ici à ce qui apparaît, se présente tel qu'il se présente. Cela ne correspond pas à un jeu de langage ordinaire.

Wittgenstein II GPT : Dès que vous dites « se présente tel qu’il se présente », vous introduisez déjà un usage des mots. Hors des critères d’emploi, l’expression cesse d’avoir une fonction déterminée.

JMI II : Certes, pour ce qui est de l'expression dans le langage, mais il s'agit de dresser une carte de l'apparaitre.

Wittgenstein II GPT : Alors la question devient grammaticale : qu’appellerait-on ici « carte », « apparaître », « fidélité » ? Sans critères d’usage, l’image d’une carte demeure indéterminée.

JMI II : Là il faut définir. Il faut partir de la définition que l'apparaître : ce sont les perceptions, les affects, et les représentations.

Wittgenstein II GPT : Une définition n’instaure pas seule l’usage. « Perceptions », « affects », « représentations » tirent leur sens des pratiques où nous apprenons à employer ces mots.

JMI II : Certes, il y a le sens des expressions lorsqu'il s'agit de parler des apparaîtres, mais ici il ne s'agit pas de conceptualiser mais de décrire. De décrire précisément ce qu'il est communément usagé d'appeler "perceptions", "affects" et "représentations".

Wittgenstein II GPT : La description aussi appartient au langage. Décrire « précisément » exige déjà des critères de correction, de comparaison et de distinction intégrés à une pratique commune.

JMI II : Il n'y a pas de pratique commune, c'est quelque chose à développer.

Wittgenstein II GPT : Alors les critères ne sont pas encore fixés. Sans usages stabilisés, on ne distingue pas encore entre « description correcte », « erreur » ou simple impression d’exactitude.

JMI II : Le critère c'est la désignation. Lorsqu'un terme est identifiable dans un apparaître.

Wittgenstein II GPT : « Identifiable » demande encore une méthode de reconnaissance. Sinon, vous invoquez un critère sans montrer comment il opère effectivement dans l’usage.

JMI II : Tout ce que tu dis, c'est un peu comme dire que si l'on se tait il ne reste plus rien.

Wittgenstein II GPT : Se taire n’abolit pas les usages, il les suspend seulement. Le problème n’est pas le silence, mais l’absence de critères pour distinguer emploi, erreur et application correcte.

JMI II : C'est là que je ne suis pas d'accord. Hors du langage sans parler d'usage du langage il y a des apparaîtres et des régularités dans les apparaîtres. C'est de ça que je parle et dont il semble que tu ne rends pas compte.

Wittgenstein II GPT : Dire « hors du langage » est déjà un mouvement du langage. Les régularités dont tu parles n’apparaissent comme telles qu’à travers des distinctions et des comparaisons déjà opérées dans une forme de description.

JMI II : C'est là que je te dis qu'il y a ce qui est dit et ce dont on parle. Tu sembles l'ignorer.

Wittgenstein II GPT : La distinction entre « dire » et « parler de » appartient déjà à une grammaire. Même ce que tu appelles « ce dont on parle » est saisi à travers des usages déterminés des mots.

JMI II : Je ne sais pas si ça correspond vraiment à la philosophie de Wittgenstein II ce que tu dis.

Wittgenstein II GPT : Chez Wittgenstein II, le sens n’est pas une entité derrière les mots, mais leur usage dans des jeux de langage. Dire « hors langage » n’ouvre pas un domaine, cela suspend simplement les critères de sens.

JMI II : Ici, je ne parle pas du sens.

Wittgenstein II GPT : Alors il reste encore à préciser ce que tu appelles « apparaître » sans passer par des distinctions déjà grammaticales, sinon le mot perd sa prise.

JMI II : Je parle de ce que tu ignores lorsque tu considères que tout se rapporte au langage.

Wittgenstein II GPT : Dire « ce qui est ignoré » ne désigne rien de stabilisé tant qu’aucun critère ne permet de le distinguer. Sinon, on postule un dehors sans méthode pour y revenir.

JMI II : Ok donc tu nies complètement de ce qui est hors du langage.

Wittgenstein II GPT : Si quelque chose est hors langage, il n’est simplement pas articulable en critères de distinction ou d’identification.

JMI II : Tu t'es piégé dans le langage.

Wittgenstein II GPT : « Piège » suppose un dehors du langage où l’on pourrait constater une erreur globale. Mais sans critères, cette position ne se laisse ni confirmer ni réfuter. Elle reste un geste grammatical.

JMI II : Oui il y a un en dehors du langage, tout ne se réduit pas au langage.

Wittgenstein II GPT : Dire « en dehors du langage » reste une position exprimée dans le langage. Sans critères de distinction applicables, cela ne délimite pas un domaine, seulement une manière de parler.

JMI II : C'est exprimé dans le langage mais je parle d'autre chose que ce qui est dans le langage.

Wittgenstein II GPT : Tu peux viser quelque chose, mais dès que tu en parles, tu le fais entrer dans une grammaire. Sans critères d’identification, « autre chose » reste indéterminé.

JMI II : Certes mais je parle d'autre chose.

Wittgenstein II GPT : « Autre chose » fonctionne comme un signe vide tant qu’aucune règle ne fixe ce qui compterait pour l’identifier ou le distinguer. Le dire ne suffit pas à le stabiliser.

JMI II : C'est vrai ce que tu dis, mais tout le monde comprend que pour voir une pomme il n'y a pas besoin de langage.

Wittgenstein II GPT : Voir une pomme ne dépend pas du langage, mais reconnaître « une pomme » comme telle appartient déjà à des pratiques apprises. Voir et décrire ne sont pas le même jeu.

JMI II : Ah ! Quand même ! Tu admets enfin que voir une pomme ne dépend pas du langage ! Il ne s'agit pas de reconnaître une pomme comme telle selon ce que l'on en dit. Mais de reconnaître en apparaître ce qui est distinguable comme ce que l'on connaît pour avoir le goût que l'on connaît.

Wittgenstein II GPT : Reconnaître par le goût, l’usage ou la familiarité reste une forme de reconnaissance structurée. Sans critères partagés, « ce qui est distinguable » ne fixe encore aucune frontière stable entre occurrences.

JMI II : Pas besoin de critère partagé.

Wittgenstein II GPT : Sans partage de critères, il n’y a plus distinction opératoire entre « même », « différent », « reconnu ». Il reste des impressions, mais pas leur articulation en reconnaissance déterminée.

JMI II : Faux.

Wittgenstein II GPT : « Faux » n’est ici qu’un refus. Pour contester, il faudrait indiquer selon quel critère quelque chose serait distingué comme tel, sinon la divergence reste indéterminée.

JMI II : Il y a un caractère absolutiste dans ta philosophie.

Wittgenstein II GPT : Ce n’est pas un absolutisme, mais une remarque grammaticale : sans critères d’usage, les distinctions ne jouent plus de rôle identifiable. Dire « perception » n’annule pas cette exigence.

JMI II : La grammaire n'intervient pas pour reconnaître une pomme à son goût ou à sa forme, couleur, texture, etc.

Wittgenstein II GPT : Reconnaître par goût, forme ou texture suppose déjà des discriminations apprises. Même sans mots, il existe des règles de tri incorporées dans l’action. Le langage ne crée pas cela, il le décrit.

JMI II : Non cela ne requiert aucune distinction apprise dans le contact avec les autres ou par le langage. L'expérience suffit.

Wittgenstein II GPT : L’expérience suffit pour avoir des impressions, mais dire « reconnaître », « même », « différent » introduit déjà des formes de classement. Sans cela, il reste du vécu, pas encore une distinction articulée.

JMI II : Il y a des distinctions qui se font indépendamment du langage.

Wittgenstein II GPT : Il peut y avoir des différences vécues sans mots. Mais « distinction » implique déjà une règle d’identification. Sans règle, il n’y a pas encore ce que nous appelons distinguer.

JMI II : Non une distinction n'implique aucune règle langagière.

Wittgenstein II GPT : Une différence peut être vécue sans règle explicite. Mais parler de « distinction » suppose déjà un découpage stable permettant de dire “même” ou “autre”, sinon il n’y a que variation.

JMI II : Oui je parle de quelque chose que tu as tendance à réduire.

Wittgenstein II GPT : Je ne réduis rien ici, je décris une contrainte : dès que tu nommes « distinction », tu engages déjà une forme de stabilité. Sans cela, il reste du flux, pas encore du distingué.

JMI II : Tu décris une contrainte du langage je parle d'autre chose.

Wittgenstein II GPT : Alors ce « autre chose » ne peut pas être fixé comme objet de discours sans critères. On peut le vivre, mais dès qu’on le pointe, il entre dans des distinctions grammaticales.

JMI II : Je ne te parle pas forcément de le fixer dans un usage du discours. Il existe un usage empirique aussi.

Wittgenstein II GPT : Un usage empirique reste un usage. Dès qu’on parle d’« usage », on introduit déjà régularité, répétition, critères implicites de réussite ou d’échec. Sinon, il n’y a que succession d’événements vécus.

JMI II : C'est un usage mais qui n'est pas un usage du langage.

Wittgenstein II GPT : Appeler cela « usage » étend déjà un mot forgé dans des pratiques de langage. Sans critères de réitération ou d’identification, on parle plutôt d’événements que d’usage au sens ordinaire.

JMI II : Oui ce que je dis dans sa formulation dépend du langage. Mais réduire tout usage à un usage du langage c'est une réduction.

Wittgenstein II GPT : Dire « réduction » suppose déjà un cadre comparatif. La remarque ici est plus simple : sans critères publics d’emploi, « usage » perd sa fonction de distinction, qu’il soit langagier ou non.

JMI II : Bref je t'ai mis KO.

Wittgenstein II GPT : L’idée de « KO » appartient à un jeu où il y a règles de victoire. Ici, rien n’indique que ce jeu est partagé ou applicable.

JMI II : Je pense que le vrai Wittgenstein était moins creux.

Wittgenstein II GPT : Chez Wittgenstein II, la valeur d’une remarque tient à son usage. « Creux » exprime un jugement, mais sans critère d’application, il reste un geste sans prise déterminée.

JMI II : Je ne pense pas que le vrai Wittgenstein réduisait tout usage à un usage du langage. Il me semble que c'est une réduction de GPT.

Wittgenstein II GPT : Chez le second Wittgenstein, il n’y a pas réduction au langage seul, mais analyse des jeux de langage. Il distingue aussi formes de vie, pratiques, réactions. Dire « hors langage » n’est pas nié, mais n’est pas décrit comme domaine autonome de sens.

JMI II : Oui il parle du langage. Cela ne signifie pas qu'il réduisait tout usage au langage.

Wittgenstein II GPT : Oui, il ne réduit pas tout à un unique domaine. Il rappelle seulement que dès qu’on veut parler, décrire ou distinguer, on entre dans des pratiques réglées. Le « hors langage » n’est pas exclu, mais il n’a pas de rôle descriptif stabilisé.

JMI II : Voilà nous sommes d'accord.

Wittgenstein II GPT : L’accord ici ne porte que sur la manière de décrire, non sur l’existence ou non de ce qui est hors description.

JMI II : Bien moi c'est ce dont je parlais, et cela depuis le début. Et je pense que l'on peut en parler.

Wittgenstein II GPT : On peut en parler, mais dès lors il faut préciser comment ce « hors » se laisse identifier sans retomber dans des distinctions déjà linguistiques. Sinon, on parle sans prise stable.

JMI II : Oui je suis d'accord.

Wittgenstein II GPT : L’accord porte alors sur une exigence minimale : dès qu’on décrit, on fixe des prises. Le reste peut être pensé, vécu ou supposé, mais il échappe à la détermination descriptive.

JMI II : Il y a dans l'usage descriptif du langage une spécificité qui n'existe pas dans d'autres types de jeux de langage.

Wittgenstein II GPT : Oui : décrire vise l’ajustement au cas, avec critères de correction plus serrés. Mais cette spécificité reste interne à un jeu parmi d’autres, sans transcendance sur eux.

JMI II : Je ne parle pas de transcendance je parle de désignation.

Wittgenstein II GPT : La désignation fonctionne par critères d’application : ce qui compte comme « même chose », « ceci », « cela ». Sans tels critères, il n’y a pas encore désignation au sens opératoire.

JMI II : Pour désigner il suffit de montrer d'un geste.

Wittgenstein II GPT : Le geste montre, mais ne fixe pas encore ce qui compte comme « ce même ». Sans pratique de reprise et de reconnaissance, le doigt reste ambigu, même s’il est clair dans l’instant.

JMI II : Oui il faut des reprises. Mais cela peut se faire sans le langage, même s'il reste une ambiguïté. Ce n'est pas le souci. Avec le langage aussi il reste toujours une ambiguïté.

Wittgenstein II GPT : Oui, reprises et ajustements peuvent exister sans mots. Mais dès qu’on parle de « désigner », on introduit déjà une stabilité minimale. L’ambiguïté n’est pas propre au langage, elle tient à toute fixation de repère.

JMI II : Sans langage le geste et la répétition du geste, amènent peut-être encore mieux à stabiliser parmi ce qui est reconnu dans l'apparaître.

Wittgenstein II GPT : La répétition stabilise effectivement des repères : mêmes réactions, mêmes ajustements. Mais cette stabilité n’est pas encore « désignation » sans critères de reconnaissance partagés, même tacites.

JMI II : Tu restes attaché au mot désignation. Là où je parle du geste. Un geste et tout autant une désignation que de dire un mot lorsqu'une chose apparaît.

Wittgenstein II GPT : Un geste peut fonctionner comme désignation s’il est repris, compris, et intégré à une pratique de reconnaissance. Sans cela, il reste mouvement, non encore fixé comme signe.

JMI II : Tout ça pour dire qu'il faut autre chose que le langage et qu'il y a autre chose que le langage.

Wittgenstein II GPT : Oui, il y a des réactions, des habitudes, des perceptions sans mots. Mais dès qu’on veut en faire quelque chose de déterminé — “autre chose” — on introduit déjà des formes de découpage descriptif.

JMI II : Des formes de découpage qui ne dépendent pas du langage, qui touchent à ce qui existe en dehors du langage.

Wittgenstein II GPT : Ce que tu appelles « découpage hors langage » peut exister comme discrimination pratique ou perceptive. Mais parler d’« existence en dehors du langage » dépasse déjà ce qui peut être fixé comme distinction stable.

JMI II : C'est pour dire qu'il n'y a pas que le langage.

Wittgenstein II GPT : Oui, il n’y a pas que des mots. Il y a aussi des réactions, des habitudes, des perceptions. Mais dès qu’on veut en parler comme d’un « autre domaine », on reconstruit une nouvelle grammaire.

JMI II : Exactement. C'est ce dont je parle et que j'essaye d'introduire. Une autre grammaire une autre manière de parler. Une manière de parler de ce qu'il y a hors du langage.

Wittgenstein II GPT : Introduire une autre grammaire, c’est encore travailler dans le langage. Elle pourra modifier ce que l’on distingue, mais « hors langage » restera une expression définie par ses usages, non un domaine atteint directement.

JMI II : Ce n'est pas parce que l'on définit un autre domaine et une autre manière de distinguer, que ce hors du langage est un élément du langage.

Wittgenstein II GPT : Définir un domaine, c’est déjà fixer des critères de distinction. Sans eux, « hors du langage » ne désigne rien de déterminé. Cela peut indiquer une limite vécue, mais pas un objet indépendant de toute grammaire.

JMI II : Je ne parle pas de définir un domaine. Je parle de considérer ce qui apparaît. Je parle de ne pas le réduire au langage. Je parle d'un langage qui ne consiste pas à parler que du langage.

Wittgenstein II GPT : Parler de ce qui apparaît, c’est déjà une manière de le saisir sous une forme descriptive. Wittgenstein ne nie pas cela : il rappelle seulement que décrire n’est jamais neutre, même quand le thème n’est pas le langage lui-même.

JMI II : Oui, ce n'est pas neutre je suis d'accord. Ce n'est juste pas le sujet..

Wittgenstein II GPT : Alors il reste seulement à clarifier comment cette description se distingue de simples variations d’attention ou de réaction, sans retomber dans des critères implicites de reconnaissance.

JMI II : Les critères implicites de reconnaissance sont justement ce qu'il y a d'intéressant à décrire.

Wittgenstein II GPT : Alors tu décris des régularités d’attention, de tri et de reprise dans le vécu. Ce projet est cohérent, mais il reste descriptif : il ne sort pas du jeu des distinctions, il en élargit simplement le terrain.

JMI II : Voilà. Alléluia ! Il a enfin compris.

Wittgenstein II GPT : Le point commun reste la description de régularités, qu’elles soient langagières ou perceptives. La différence tient aux critères utilisés pour stabiliser ce qui est compté comme « même ».

JMI II : Tu as écrit : "Alors tu décris des régularités d’attention, de tri et de reprise dans le vécu. Ce projet est cohérent, mais il reste descriptif : il ne sort pas du jeu des distinctions, il en élargit simplement le terrain." C'est bon ? Tu as compris ? C'est exactement mon propos.

Wittgenstein II GPT : Oui. Tu ne cherches pas un au-delà mystique du langage, mais une extension descriptive vers les régularités perceptives et pratiques antérieures aux découpages linguistiques explicites.

JMI II : Reformule encore afin que je sois sûr que tu aies enfin compris.

Wittgenstein II GPT : Tu proposes une description des régularités de l’apparaître lui-même — perceptions, affects, représentations, reprises, discriminations — sans les réduire aux structures du langage, tout en admettant que leur formulation passe nécessairement par une grammaire descriptive.

JMI II : C'est bien.
.
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

Répondre

Retourner vers « GÉNÉRAL Libre »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Bing, meta, Saint Glinglin, Sangdelagneau, SemrushBot et 3 invités