La Vie : La Vie.

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J'm'interroge

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Re: La Vie : La Vie.

Ecrit le 04 févr.26, 00:35

Message par J'm'interroge »

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@ Coemgen,

Ta réponse repose sur un présupposé central que tu ne démontres jamais : que les mécanismes manifestent logiquement une finalité. C’est précisément ce point qui est contestable, et que tu traites comme une évidence alors qu’il s’agit d’un choix métaphysique.

Un mécanisme n’implique pas nécessairement un but. Il implique une régularité, pas forcément une intention. Dire que l’information « produit une mécanique qui déclenche une multiplication et une croissance en puissance » n’introduit toujours aucune finalité : tu décris un enchaînement causal, puis tu lui ajoutes un vocabulaire téléologique (“perfectionnement”, “directive”, “plan”) sans justification indépendante. Tu changes de registre sans le signaler.

Tu parles d’« information » comme si elle était ajoutée de l’extérieur ou orientée. Or, en biologie, l’information génétique n’est pas un message porteur de sens, mais une structure physico-chimique qui se modifie par erreurs, duplications, recombinaisons. Elle n’“apporte” rien en vue de quelque chose, elle se transforme, et certaines transformations persistent parce qu’elles ne sont pas éliminées. L’information n’est pas finalisée, elle est sélectionnée.

Quand tu dis que les difficultés, disparitions et extinctions ne s’opposent pas au plan, tu rends ton hypothèse irréfutable. Tout ce qui arrive confirme le plan, y compris son contraire. Une thèse qui explique tout n’explique rien. Si l’ordre, le chaos, le progrès et la régression valident également la finalité, alors cette finalité n’a aucun contenu explicatif.

L’argument selon lequel « l’élément qui porte la cause n’est pas conscient des mécanismes » ne résout rien. Il sert uniquement à sauver la téléologie en la rendant invisible. Là encore, tu demandes qu’on accepte un plan dont aucun agent n’a conscience, dont aucun indice empirique distinctif n’existe, mais qui serait pourtant à l’œuvre partout. C’est une croyance, pas une explication.

Quand tu affirmes que « l’homme intelligent devait exister », tu franchis un seuil supplémentaire : tu invoques une nécessité finale. Or rien, absolument rien dans le processus de l’évolution biologique, n’impose l’apparition de l’homme comme étant le produit d'une finalité intentionnelle. Rejoue l’histoire avec de légères variations initiales, et tu obtiens autre chose — ou rien du tout. Dire “il devait exister”, c’est projeter notre existence comme justification du processus, pas comme conséquence nécessaire.

Tu insistes sur le passage du simple au complexe. C’est vrai localement, faux globalement. La complexité augmente parfois, dans certains lignages, sous certaines contraintes. Mais la majorité du vivant reste simple, et la simplicité est extraordinairement stable. L’évolution ne “cherche” pas la complexité, elle la tolère quand elle n’est pas trop coûteuse. Là encore, tu transformes une tendance partielle en direction universelle.

Ton vocabulaire — “mieux être”, “perfectionnement”, “croissance en puissance”, “douleurs de l’enfantement” — est révélateur : tu racontes une histoire du sens, pas une analyse des causes. Ce n’est pas illégitime philosophiquement, mais ce n’est pas une explication de l’évolution. C’est une lecture théologique et finaliste du réel, pas sa mécanique.

Enfin, quand tu dis que de « pauvres structures » ne pourraient produire l’information génétique nécessaire, tu poses une fausse alternative : soit une finalité, soit l’impossibilité. Or l’accumulation graduelle, les duplications, les cooptations fonctionnelles sont précisément documentées. Le fait que ça te paraisse insuffisant intuitivement ne constitue pas un argument.

En résumé :
- tu ne montres pas qu’il y a un but à l'évolution du vivant biologique, tu l’interprètes ;
- tu ne déduis pas un plan, tu le supposes ;
tu ne constates pas une direction, tu la racontes.
- Tu ne manques pas de cohérence interne, mais tu confonds constamment sens et processus causal.
- Et ce que tu appelles « manquer le but », c’est simplement refuser de transformer un résultat contingent en nécessité métaphysique.

Par ailleurs, il me semble que tu assimiles les mécanismes évolutifs à ceux d’artefacts comme une horloge, où le fonctionnement renverrait nécessairement à une conception, donc à une finalité. Mais cette analogie est précisément le point faible de ton raisonnement.

Une horloge est un artefact : elle est définie par une intention externe identifiable (indiquer l’heure). Son mécanisme est subordonné à un usage préalable. En revanche, les mécanismes naturels ne sont pas des artefacts. Ils n’ont pas d’utilisateur, pas de cahier des charges, pas de fonction prescrite à l’avance. L’analogie implicite importe clandestinement ce qu’elle est censée démontrer : un concepteur et un but.

Dans l’évolution du vivant biologique, la « fonction » n’est pas première, elle est dérivée. Un trait n’existe pas pour accomplir une tâche, il accomplit une tâche parce qu’il existe et qu’il n’a pas été éliminé. L’horloge indique l’heure même si personne ne la regarde, certes, mais elle a été faite pour cela. Un œil voit même sans finalité cosmique, parce qu’il est le résultat d’une histoire de variations retenues, pas d’un plan pour la vision.

Dire que le mécanisme manifeste la finalité revient à confondre organisation et intention. Or l’organisation peut émerger sans projet, comme dans les cristaux, les tourbillons, ou les structures auto-organisées, comme c'est le cas précisément pour les formes de vie biologiques. Le fait qu’un système produise un effet cohérent structurel et fonctionnel, ne suffit pas à conclure qu’il a été conçu pour cet effet.

L’horloge est un bon exemple… contre ce que tu prétends. Elle fonctionne indépendamment de toute évolution : elle ne se transforme pas, ne s’adapte pas, ne se reproduit pas, ne rate pas pour essayer autrement. L’évolution du vivant biologique, au contraire, est une accumulation de solutions locales, souvent inefficaces, parfois absurdes, toujours contingentes. Une horloge ratée est un échec de conception ; un organisme « mal fichu » est simplement un survivant temporaire.

Donc oui, tu penses probablement que mécanisme = conception = finalité. Mais ce lien n’est ni logique ni nécessaire. Il est culturel, intuitif ou téléologique, humain. Et c’est précisément cette intuition — séduisante mais trompeuse — que tu injectes dans la discussion, quand tu lis l’évolution biologique comme une horloge cosmique qui donnerait l’heure du sens.
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- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

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