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@ Gérard,
Tu continues de glisser entre deux sens différents du mot « observateur ».
Premier sens : il y a une expérience, quelque chose apparaît, quelque chose est vécu. Là-dessus, aucun problème. Il y a effectivement un « apparaître », quelque chose qui se présente.
Deuxième sens : il existerait une entité distincte, un observateur, auquel les choses apparaîtraient. C'est cela que tu affirmes. Et c'est cela qui demande à être montré.
Tu écris :
« Une chose qui se présente a toujours un observateur. »
Non. C'est précisément ce que tu conclus à partir de ta propre définition. Tu définis « se présenter » comme impliquant déjà un observateur, puis tu tires de cette définition qu'il faut un observateur. C'est circulaire.
Si par « se présenter » tu veux simplement dire « apparaître », alors il faut regarder ce qui est effectivement donné. Lorsque j'observe une douleur, une couleur, un son ou une pensée, qu'est-ce qui est constaté ? La douleur, la couleur, le son, la pensée. Je ne trouve jamais, dans ce qui se présente, une seconde chose appelée « observateur » qui serait derrière ou en face.
Tu écris :
« Dans l'action de se présenter, il y a toujours au minimum deux entités. Celle qui se présente et celle qui voit celle qui se présente. »
Là encore, tu introduis une structure que tu n'observes pas. Tu ajoutes un « celui qui voit » parce que tu interprètes l'expérience sous la forme sujet-objet. Mais cette séparation n'est pas une donnée empirique : c'est une analyse conceptuelle et c'est déjà toute une théorie.
Ce qui est donné, c'est précisément l'apparition elle-même. Quand une douleur apparaît, je n'observe pas une douleur + un observateur. J'observe une douleur. L'ajout d'un observateur distinct est une hypothèse supplémentaire.
Tu prends ensuite l'exemple de Dieu :
« Lorsque Dieu se présente à moi, je suis un observateur. »
Mais cet exemple présuppose exactement ce qu'il faudrait établir : que Dieu existe et qu'il y ait une relation entre deux entités distinctes. Ce n'est donc pas un exemple empirique, c'est une situation déjà construite par un postulat.
Tu écris :
« Quand vous dites que vous prenez les choses qui se présentent telles qu'elles se présentent, vous vous positionnez ipso facto en observateur. »
Non. Décrire une expérience ne nécessite pas de postuler une entité supplémentaire qui observerait cette expérience. C'est comme dire qu'une température mesurée nécessite une entité « mesureur » présente dans la température elle-même. On confond l'acte de description avec ce qui est décrit.
Bien sûr, pour communiquer une expérience, il faut un locuteur. Mais le locuteur qui décrit n'est pas une preuve qu'un observateur distinct existe dans ce qui est décrit.
Ensuite :
« Jamais personne ne s'est présentée à personne. »
C'est justement la question. Tu affirmes une règle générale sur la structure de tout apparaître, mais tu ne montres jamais cette structure dans ce qui apparaît.
Je ne nie pas qu'il y ait expérience. Je ne nie pas qu'il y ait des êtres humains capables de parler, de percevoir et de décrire. Tout ceci se présente dans l'expérience, peut être montré et être décrit.
Je dis seulement : dans l'expérience elle-même, je constate des contenus qui apparaissent. Je ne constate pas, en plus, un observateur séparé qui serait nécessaire pour que cela apparaisse.
Si tu veux soutenir que cet observateur existe nécessairement, il faut montrer comment il se présente. Sinon, ce n'est plus un constat empirique, c'est un aveu d'ajout théorique.
Enfin,
Il y a aussi un argument strictement empirique que j'avais donné :
Il se présente bien des choses indépendamment de la présence ou non de l'idée d'un observateur qui serait en train d'observer.
Cet argument est central, car il vise directement ton présupposé selon lequel « se présenter » impliquerait nécessairement un observateur.
En effet, tu affirmes que « ce qui se présente » implique nécessairement un observateur. Mais cette implication n'est pas constatée, elle est ajoutée.
Ce que je constate simplement, c'est qu'il y a apparition de contenus : une douleur, une pensée, un son, une image, une sensation, etc.
Or ces apparaîtres ne dépendent pas, dans ce qui est donné, de la présence de l'idée d'un observateur. Une douleur peut apparaître sans qu'apparaisse en même temps la pensée « il y a un observateur qui ressent une douleur ». Une couleur peut apparaître sans que se présente l'idée d'un « moi qui observe une couleur ». Une pensée peut apparaître sans qu'apparaisse une pensée supplémentaire disant « je suis l'observateur de cette pensée ».
L'observateur comme idée peut bien apparaître dans l'expérience, comme une pensée parmi d'autres. Mais il ne faut pas confondre l'apparition de l'idée d'un observateur avec la présence démontrée d'un observateur distinct.
Tu dis : « sans observateur, cela ne se présente pas ». Mais ce que montre l'expérience, c'est seulement que quelque chose apparaît. Elle ne montre pas qu'un observateur séparé soit nécessaire à cette apparition.
C'est exactement la distinction que je fais depuis le début : il y a ce qui se présente, et il y a les concepts que nous ajoutons pour l'expliquer, ainsi que des représentations associées. Ici ce sont des représentations mettant en scène quelqu'un qui observe. Mais ce ne sont là que des représentations, et non ce à qui ou à quoi celles-ci sont censées apparaître.
L'observateur peut être une manière d'expliquer l'expérience, une construction utile, un modèle conceptuel. Mais dire qu'il existe nécessairement dans ce qui se présente demande un argument ou une preuve supplémentaire que tu n'as toujours pas fourni. Cela, à défaut de pouvoir montrer dans ce qui se présente, quoi que ce soit d'identifiable en particulier qui corresponde à ce fameux observateur.
Le point fort de cet argument est qu'il refuse seulement le passage automatique du constat : « il y a apparition » à la conclusion interprétative : « donc il y a une entité observatrice distincte à laquelle cela apparaît ».
C'est précisément ce passage qui reste à établir.
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